La gestation pour autrui en Inde

Bioéthique, droits humains et pouvoir de décision des femmes

Étude de terrain sur la gestation pour autrui en Inde, menée en 2019-2020 par le Dr Sheela Saravanan

Illustration : la gestation pour autrui en Inde

La gestation pour autrui en Inde a connu une transformation profonde depuis l’interdiction de sa forme commerciale par les autorités indiennes. Cette pratique a alors basculé vers une forme dite « altruiste ». Cette étude, conduite par le Dr Sheela Saravanan pour l’OENDDF, constitue un suivi de sa recherche précédente menée en 2009-2010. Elle repose sur 45 entretiens avec des mères porteuses. Celles-ci avaient mené à terme 63 gestations et donné naissance à 89 enfants entre 2007 et 2017.

Une recherche de terrain inédite sur la gestation pour autrui en Inde

Toutes les mères porteuses interrogées avaient achevé leur parcours de gestation pour autrui en Inde au moment des entretiens. L’étude documente en détail les conditions de vie dans les foyers de mères porteuses, le profil socio-économique des femmes concernées, les modalités de prise de décision et de sélection, le déroulement médical de la grossesse et de l’accouchement, ainsi que les conséquences physiques, psychologiques et financières à long terme de la pratique.

Principaux constats

Sur le terrain, l’étude sur la gestation pour autrui en Inde documente des violations graves et persistantes des droits humains et de l’éthique médicale : maintien des femmes dans des foyers de mères porteuses contre leur volonté, avortements sélectifs en fonction du sexe, absence de remise du contrat aux intéressées, modalités de séparation d’avec l’enfant jugées inhumaines. Les femmes sont sélectionnées selon leur classe sociale, leur âge, la couleur de leur peau, leur religion et leur caste. La rémunération varie selon ces critères — la précarité économique demeurant le principal facteur de recours à la pratique.

Près de neuf mères porteuses interrogées sur dix (93 %) assimilent la gestation pour autrui à une forme d’esclavage. Deux tiers d’entre elles (67 %) l’assimilent à une forme d’exploitation sexuelle de leurs organes reproductifs. L’étude relève également l’impact physique et psychologique durable de la pratique, ainsi que l’évolution de la relation avec les parents d’intention — généralement décrite comme chaleureuse pendant la grossesse, puis indifférente, voire cruelle, après la naissance.

L’auteure conclut que la gestation pour autrui, loin de relever d’une simple liberté reproductive, perpétue des rapports de domination profondément ancrés — économiques, patriarcaux et sociaux. Elle doit à ce titre être reconnue comme une forme de violation universelle des droits humains.

À propos de l’auteure

Le Dr Sheela Saravanan est titulaire de deux diplômes de master en géographie et en études du développement (universités de Mumbai et de Pune, Inde) et d’un doctorat de l’École de santé publique de la Queensland University of Technology (Brisbane, Australie), consacré aux pratiques d’accouchement en Inde. Ses recherches, menées notamment dans des universités allemandes, portent sur la santé reproductive, la gestation pour autrui et le dépistage prénatal. Auteure d’un ouvrage de référence sur la gestation pour autrui commerciale en Inde, elle est intervenue comme conférencière sur ce sujet dans plusieurs enceintes internationales, notamment aux Nations Unies.

📚 Télécharger l’étude complète (PDF)

Étude de terrain sur la gestation pour autrui en Inde, conduite par le Dr Sheela Saravanan en 2019-2020. Traduction française intégralement révisée et publiée par l’Observatoire Européen de la Non-Discrimination et des Droits Fondamentaux (OENDDF), 2026. Cette recherche a également été présentée dans le cadre de l’audition de l’OENDDF par le CCNE aux États généraux de la bioéthique 2026, organisés par le Comité consultatif national d’éthique.

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